Ces dernières semaines, le manque de carburant a plongé certains maliens dans les pires moments de leur existence. Lorsqu’on sort, on a l’impression que tout est à l’arrêt. Dans les entreprises et les grands services, on constate la présence de seulement quelques employés, car la majorité ne peut pas se présenter au travail, faute de carburant, d’où une rotation dans certaines entreprises et services publics.
Cette tendance se poursuit dans la vie quotidienne. Certaines personnes nous ont raconté leurs mésaventures, à l’image de Mme Camara qui, avec son enfant malade, est sortie tôt le matin pour retirer de l’argent de son compte dans une agence d’une banque de la place. Malheureusement, il n’y avait pas d’électricité et le groupe électrogène était en panne sèche. Donc pas moyen d’accéder à son compte. Car les caissières ne pouvaient travailler et le guichet automatique de la banque ne fonctionnait pas.
La pauvre dame a été contrainte de poursuivre son chemin, priant pour trouver une autre agence avant que le carburant de son propre véhicule ne s’épuise. Elle nous avoue que le hic de la situation est qu’avec la conjoncture actuelle, il est impossible de demander un prêt à quelqu’un, car tout le monde est dans le même état. Les difficultés ne s’arrêtent pas là. Après avoir finalement obtenu l’argent, Mme Camara s’est rendue au centre de santé, mais les agents de santé étaient peu nombreux pour cause de rotation pour permettre aux agents de supporter la pénurie de carburant.
Même constat pour Mme Traoré Fatoumata, qui avait rendez-vous au CSRéf de la commune III avec son fils, qui a des problèmes avec son œil. Son rendez-vous a été annulé, car, lorsqu’elle a appelé le médecin traitant, celui-ci lui a dit qu’il ne pouvait pas se présenter, car il n’avait pas eu de carburant après des heures d’attente à la station-service.
Les répercussions de cette pénurie se font sentir dans tous les domaines. Un agent de sécurité nous a raconté que la nuit précédente, il était en service lorsqu’il a vu une moto-taxi transportant trois personnes. Le client de derrière lui a expliqué que leur mère était décédée et qu’ils n’avaient pas pu trouver de taxi à cause de l’heure tardive et du manque de carburant, les prix étant exorbitants. Lorsqu’ils sont arrivés au CSRéf de la Commune V, les médecins leur ont dit qu’il n’y avait pas de place et ne pouvaient pas garder le corps. Les pauvres ont dû se rendre au CHU du Gabriel Touré avec le corps au milieu.
Dans ces conditions, les autorités devraient peut-être mettre en place des moyens d’approvisionnement pour les hôpitaux, les banques et autres infrastructures qui accompagnent la vie quotidienne des populations. Il est urgent de prendre des mesures pour atténuer les souffrances des Maliens qui sont déjà fragilisés par la situation économique.
En attendant, nous espérons de tout cœur que le pays sortira rapidement de cette situation.
Aminata Sanogo
