Dans la commune de Bankass, l’autonomisation économique des femmes a pris un sérieux coup à cause de l’insécurité qui limite leurs activités, affectant ainsi leurs capacités à réduire les inégalités et à participer au relèvement économique de toute cette localité du centre du Mali. L’autonomisation économique des femmes est un processus qui vise à améliorer leur accès aux ressources économiques, à leur participation au marché du travail et à leur contrôle sur les décisions économiques.
Allaye Guindo, Maire de la commune de Bankass et son épouse Madina Guindo, Présidente de la CAFO ont tous deux indiqué que l’insécurité a poussé de nombreuses femmes à fuir leur domicile, entraînant la perte de leurs moyens de subsistance et de leurs réseaux économiques. Selon le maire, plus de 13.000 ménages déplacés résident dans sa localité. « Les femmes et les enfants sont majoritaires dans chacun de ces ménages », souligne-t-il.
Perte de revenus
L’activité principale de ces femmes est basée sur le commerce, l’élevage, la vente de fruits, entre autres. A cause de l’insécurité, elles n’arrivent plus à accéder à certains marchés. Cette situation joue beaucoup sur la rentabilité économique, nous explique le maire. Selon lui, en ce qui concerne l’élevage, de nos jours, c’est possible à condition de garder les troupeaux dans les concessions. « Si vous les laissez balader, les terroristes les enlèvent », précise monsieur le Maire de la commune de Bankass. Il rajoute que l’insécurité a touché toutes les activités génératrices de revenus des femmes. « Autrefois, les foires hebdomadaires se tenaient régulièrement durant toute la semaine et les femmes assistaient à toutes. De nos jours, elles ne dépassent pas deux ou trois foires au maximum à Bankass et alentours », déplore-t-il.
Initiatives, opportunités et frustrations
Les femmes déplacées ont pu avoir des tentes pour les espaces qu’elles habitent actuellement. Aux dires du maire de la commune de Bankass, un château d’eau y sera érigé dans les jours à venir. Il fait appel à des organisations humanitaires qui aident ces femmes pour pouvoir se nourrir en leur offrant des kits de ménage. Mais, ces ONG n’ont pas pu avoir ce qui peut les aider à former les femmes déplacées à des activités génératrices de revenus comme la saponification, la teinture, entre autres. Quant à la mairie, elle est confrontée à des difficultés et n’a pas les moyens. « Les citoyens ne payent plus, ni impôts, ni taxes de développement régional et local », déplore monsieur le Maire de la commune de Bankass.
Avec la fermeture de l’USAID, plusieurs partenaires qui aidaient ces femmes déplacées sont partis. Il ne restait que quelques-uns qui n’ont duré que quelques mois, explique le maire Allaye Guindo.
Pour sa part, la Présidente de la CAFO a indiqué qu’elles sont en train de tout mettre en œuvre pour faciliter la commercialisation des produits de ces femmes affectées par l’insécurité en partenariat avec certains commerçants et faciliter leur déplacement. Par ailleurs, la CAFO a octroyé des crédits à certaines femmes, des animaux à élever. A travers ses partenaires, la CAFO a formé d’autres femmes en saponification.
Safiatou Togo, femme déplacée de la commune de Diallassagou résidant à Bankass, explique qu’à leur arrivée en 2021 à Bankass, les ONG les ont aidés avec de la nourriture et certains ont reçu de l’argent. Mais, à ses dires, cela est insuffisant, vu que chaque jour, ce sont de nouveaux déplacés qui arrivent. Avec cette situation, les anciens sont un peu écartés pour subvenir aux besoins des nouveaux, ce qui amène souvent des frustrations chez certains anciens qui n’arrivent toujours pas à s’en sortir. Elle a souligné que la direction du développement social de Bankass a la liste complète de tous les déplacés en fonction de leur arrivée. A cet effet, en cas de distribution des dons, les responsables du développement social tiennent compte de l’arrivée des déplacés et peuvent savoir ceux qui ont reçu ou pas.
Difficultés à exercer des activités agricoles
Aux dires de Safiatou Togo, femme déplacée à Bankass, c’est très difficile de s’en sortir. Il n’y a pas de champ pour cultiver, ni d’espace pour faire de l’élevage, ni une bonne habitation. Elle et d’autres femmes déplacées ne parviennent pas à faire les quelques marchés de Bankass pour distribuer leurs produits commerciaux. En plus, elles sont obligées de faire face à certaines charges dont le paiement du loyer, l’eau, l’électricité, l’éducation des enfants. Elle a informé qu’en mai, un lieu d’habitation avait été aménagé avec des tentes pour les déplacés. Mais, ce lieu est très éloigné de la ville et est confronté à un problème d’insécurité. Ce lieu est coincé et n’est pas adapté à recevoir une famille, raison pour laquelle, elle et sa famille ont préféré prendre un loyer, cela permet à ses enfants d’aller à l’école. « A quoi sert de quitter un endroit à cause de l’insécurité et venir habiter un autre endroit confronté à ce même problème ? », s’interroge-t-elle.
Pour l’éducation des enfants
La principale raison qui maintient Safiatou Togo et sa famille à Bankass est la protection de leurs enfants, car ceux-ci peuvent aller à l’école dans la ville de Bankass. Elle confirme que plusieurs enfants de familles déplacées à Bankass ont pu faire les exams du DEF et ont pu réussir. L’autre raison, est qu’après l’école, ces enfants aident leurs mères à faire de petites activités pour gagner un peu d’argent. A leur tour, vu que les clients se font rares dans les marchés, les femmes font aussi la lessive. Avec les différents revenus, ils règlent les différentes charges.
Safiatou Togo exhorte les autorités à redoubler d’effort pour stopper cette insécurité et que les déplacés regagnent leurs domiciles dans leurs localités d’origine. Pour elle, ce déplacement avec toute une famille n’est pas aisé pour qui connaît le nombre de famille en Afrique.
Adja
Ce reportage est publié avec le soutien de Journalistes pour les Droits Humains (JDH) au Mali et NED
